1. Le Conseil de
sécurité des Nations Unies, dans sa Résolution 1765 (2007), m’a confié
le mandat de « certifier que toutes les étapes du processus électoral
fourniront toutes les garanties nécessaires pour la tenue d’élections
présidentielle et législatives ouvertes, libres, justes et transparentes
conformément aux normes internationales ».
2. A cet
effet, j’ai développé, en consultation avec les parties prenantes, les «
cinq critères-cadres pour la certification » qui ont par la suite été
consignés au paragraphe 32 du 16e Rapport du Secrétaire Général des
Nations Unies sur l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI)
(S/2008/250). Ces critères définissent un large cadre de référence qui
me permet de déterminer si : « (a) un environnement sécurisé a prévalu
au cours du processus électoral et permis la pleine participation de la
population et des candidats à ce processus ; (b) le processus électoral
est inclusif ; (c) tous les candidats ont un accès équitable aux Médias
d’Etat et si ces derniers sont restés impartiaux ; (d) les listes
électorales sont crédibles et acceptées par toutes les parties ; et (e)
les résultats des élections sont déterminés à l’issue d’un processus
transparent et accepté par tous ou contesté de manière pacifique par les
voies appropriées. »
3. En ce qui concerne la liste électorale définitive, je l’ai,
comme prévu, certifiée le 24 septembre 2010, au cours d’une conférence
de presse tenue au siège de l’ONUCI.
4. En ce qui concerne le résultat du premier tour de l’élection
présidentielle du 31 Octobre 2010, sur la base des cinq critères-cadres
pour la certification ainsi que sur la base du mandat que m’a confié le
Conseil de Sécurité, je l’ai dûment certifié le 12 novembre 2010.
5. En ce qui concerne la campagne pour le second tour, en dépit
de quelques incidents, parfois violents et des perturbations isolées, la
campagne s’est globalement déroulée dans un climat democratique. Le
débat télévisé entre les deux candidats jeudi soir en particulier, a été
unaniment saluée comme exemplaire et même exceptionnelle.
6. Cependant, l’après-midi du 27 novembre a été marquée par une
manifestation de la jeunesse de l’opposition à Abobo contre
l’instauration du couvre-feu qui a dégénéré en une confrontation avec
les forces de l’ordre, entrainant l’incendie d’un véhicule de police et
trois morts parmi les manifestants.
7. Ainsi, le vote du dimanche s’est ouvert dans une atmosphère
de tension et de passion. En dépit de l’environnement qui l’a précédé et
en dépit des incidents, parfois violents, à l’ouest et dans le nord du
pays, le second tour de l’élection s’est également déroulée dans un
climat généralement démocratique. L’ONUCI a été encouragée de noter que
sur les cinq axes d’observation qu’elle a établis, les représentants de
tous les candidats étaient représentés dans les bureaux de vote.
8. Concernant les Médias d’Etat, contrairement à la période
précédant la campagne électorale où la couverture des activités
politiques des différents candidats par la Radiodiffusion Télévision
Ivoirienne (RTI) était déséquilibrée, les médias du service public,
durant la campagne électorale et sous la supervision des organes de
régulation, ont en général garanti un accès égal aux différents
candidats en compétition. Par ailleurs, conformément aux recommandations
du Conseil National de la Communication Audiovisuelle (CNCA), les
télévisions et stations de radio émettant au nord ont, d’une manière
générale, synchronisé leurs programmes avec la RTI pendant toute la
durée de la campagne électorale. De même, le quotidien gouvernemental
Fraternité Matin, sous la supervision du Conseil National de la Presse
(CNP), a offert un espace égal à tous les candidats. Par ailleurs, il
est à noter que la plupart des principaux partis politiques disposent de
leurs propres journaux affiliés qui ont joui d’une totale liberté de
presse avant, pendant et après l’ élection.
9. En ce qui concerne la proclamation des résultats du second
tour par la CEI le 2 décembre 2010, je rappelle qu’au premier tour, les
résultats partiels avaient commencé à être diffusés dans la soirée du 2
novembre. Comme la publication officielle a commencé deux jours après le
scrutin, des tensions et des spéculations avaient été notées à travers
le pays. A cet égard, au cours d’une conférence de presse tenue le 4
novembre, j’ai invité la CEI à œuvrer à réduire le temps d’attente pour
les consultations à venir, en vue d’éviter les spéculations et les
tensions créées par la non publication à temps des résultats par la CEI.
L’ONUCI a réitéré sa disponibilité à fournir tout son appui à la CEI à
cet égard.
10. Malgré mon appel à la CEI pour qu’elle proclame promptement
les résultats provisoires du 28 novembre 2010, la CEI a été incapable de
le faire sans retard, en raison de divisions internes. Ces divisions
internes ont été exacerbées lorsque les forces de sécurité ivoiriennes
ont renforcé « leur protection » au siège de la CEI à partir du 30
novembre au matin. Ceci a conduit, à la fin, le Président de la CEI,
Youssouf Bakayoko, à annoncer les résultats provisoires du second tour
dans l’après-midi du 2 décembre 2010 à l’Hotel Golf: le taux de
participation a dépassé la barre des 81 pour cent; le candidat Alassane
Ouattara a obtenu 54.10 pour cent ; le candidat Laurent Gbagbo obtenant
45.90 pour cent.
11. Le Conseil Constitutionnel a immédiatement réagi à cette
proclamation du Président de la CEI. Dans l’après-midi du 2 décembre
2010, le Président du Conseil Constitutionnel, M. Paul Yao N’Dre, a
déclaré que la proclamation de la CEI était nulle et de nul effet, car
la CEI a dépassé les limites légales de trois jours qui lui étaient
imparties pour donner les résultats provisoires. Le Président du Conseil
Constitutionnel a ainsi proclamé le 3 décembre 2010. Suivant cette
proclamation, le candidat Laurent Gbagbo aurait obtenu 51.45 pour cent
et le candidat Alassane Ouattara 48.55 pour cent, avec un taux de
participation de 71.28 pour cent.
12. Le second tour de l’élection présidentielle, s’étant,
globalement, déroulée dans une atmosphère démocratique, comme l’ont
indiqué toutes les missions d’observation crédibles. Il faut noter que
j’ai implicitement certifié le déroulement du second tour lors d’une
conférence de presse tenue le 29 novembre 2010. Ainsi, la proclamation
des résultats définitifs par le président du Conseil Constitutionnel,
avec l’annulation du vote dans neuf départements du nord, qui donne la
victoire au candidat Laurent Gbagbo, peut seulement être interprétée
comme une décision ne correspondant pas aux faits.
13. La seule question qui demeure est de savoir si l’ONUCI est
tenue de se plier au verdict du Conseil Constitutionnel quelles que
soient les circonstances. La réponse à cette question devrait tenir
compte du fait que le Gouvernement ivoirien a accepté le rôle de
certification du Représentant spécial du Secrétaire général des Nations
Unies pour la Côte d’Ivoire.
14. En tant que certificateur des élections ivoiriennes, j’ai
procédé à l’évaluation et à l’analyse de tous les procès-verbaux
transportés par l’ONUCI et reçus de la CEI. Même si toutes les
réclamations déposées par la Majorité Présidentielle auprès du Conseil
Constitutionnel étaient prises en compte en nombres de procès-verbaux,
et donc de votes, le résultat du second tour de l’élection
présidentielle tel que proclamé par le Président de la CEI le 2 décembre
ne changerait pas, confirmant le candidat Alassane Ouattara vainqueur
de l’élection présidentielle.
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Hamadoun Touré, Porte-parole
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